Études Bouddhiques en Inde
par Karma Namgyal
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Changement de programme
Après avoir réfléchis et discuté avec mes deux compères français au shédra, nous avons décidé de repartir ensemble en France du fait du coronavirus. Nous sommes rentrés depuis quelques jours, accompagnés d’une nonne de notre mandala français (je ne cite pas les noms car je ne leur ai pas demandé autorisation et ne sais pas s’ils souhaitent se retrouver sur ce blog).
Pour résumer, premièrement le risque sanitaire des conséquences d’une pandémie en Inde (2ème pays le plus peuplé du monde) peut créer des complications assez sévères (même avec un faible taux de mortalité). Deuxièmement, une paranoïa anti-européens se répand à une vitesse folle et les français sont refoulés partout…
Troisièmement, les frontières sont fermées tout autour (Népal, Boutan, Bengladesh, etc.) mais notre visa nous oblige à sortir tous les 90 jours sans certitude de pouvoir outre-passer cette condition.

Dans de telles conditions d’incertitude et de risque sanitaire, j’ai personnellement, et avec mes compagnons de route, choisis de rentrer au plus vite. Décision prise, notre petite compagnie fut efficace puisqu’il n’a fallu que 24h pour organiser notre départ et décoller dans la foulée !!
Notre retour s’est passé sans encombre mais il s’en est fallu de peu car la situation a changé très rapidement. Les vols vers la France s’annulaient les uns après les autres et le prix des billets restants se sont envolés au-dessus du millier d’euros en un rien de temps. Les hôtels n’accueillaient plus ni italiens ni français. Nous avons vu les contrôles de santé se mettre en place sur la route et dans les aéroports. Voici une photo (ci-dessus) de la foule entassée (distance de sécurité ???) attendant devant l’aéroport de Delhi hier (lundi), ce même aéroport que nous avons traversé alors qu’il était exceptionnellement vide ! L’avion vers la France également. Mais maintenant c’est en Inde que le virus se répand…
Quitte à être rentré pour cause de pandémie, je me suis aussitôt investis comme psychologue bénévole en soutien aux personnels soignants angoissés. J’interviens sur site hospitalier en faisant des consultations individuelles et des ateliers de relaxation plusieurs jours par semaine. Quand le confinement prendra fin, j’envisage de faire une demande pour me rendre à Kundreul Ling en attendant de pouvoir repartir dès que possible au shédra.
Ce blog est donc suspendu jusqu’à ce qu’une date de départ pour Kalimpong soit à nouveau fixée.
La motivation
J’ai parlé avec plusieurs moines et je peux vous dire que ceux que j’ai rencontré sont complètement investis dans leur choix de vie. Ce n’est peut-être pas le cas de tous, mais ceux que j’ai rencontré sont soit des moines depuis l’enfance et tout à fait convaincus de ce choix, ou bien ils ont pris les vœux pour devenir étudiant du shédra avec l’idée d’enseigner ensuite ou de poursuivre en retraite.
Ce dont je peux témoigner c’est qu’ils ont vraiment bon cœur, il y a beaucoup de bienveillance et une aspiration très forte chez eux. Ces jeunes sont tout à fait inspirant. Je suis vraiment touché de les voir se plonger « à corps perdus » (c’est l’expression qui me vient) dans la puja et les prières de souhait.
Il y a aussi manifestement une grande dévotion pour nos Maitres, pour le Bouddha, et beaucoup finissent la puja en prenant le temps de rendre hommage aux différentes statues du temple ou en faisant des souhaits.
De toute façon, en ce lieu, il n’y a aucun temps pour quoi que ce soit d’autre, donc soit l’esprit se tourne vers le Dharma, soit ce n’est pas le cas et je pense qu’il ne doit pas alors être agréable de rester. D’ailleurs certains élèves partent chaque année. Mais ceux qui restent sont vraiment totalement engagés sur le chemin, c’est mon avis.
Pour ce qui concerne l’étude, ont peut dire sans hésiter qu’ils sont complètement investis. Les couloirs résonnent au son des Dhih (syllabe-germe de Manjushri) et du mantra de Manjushri. Chacun est dans sa chambre à étudier les textes ou à les apprendre par cœur. L’ambiance est vraiment à l’étude intensive. Même le weekend, certains se réunissent sur leur temps perso pour réviser.

Le temps quotidien du débat est vraiment fort, avec les claquements de mains, les éclats de voix, les questions qui fusent. On sent qu’ils y mettent énergie et cœur. C’est vraiment beau à voir et à entendre.
Dédiés au Dharma

La vie à DBA // Je crois que certain(e)s d’entre vous voudraient en savoir plus sur le shédra (Diwakar Buddhist Academy) et la vie des moines ici. De mon point de vue, elle est à la fois rude et douce. Pour ce qui est de la dureté, ce sont les conditions de vie qui sont loin de notre luxe matériel et de nos libertés habituel(le)s. Pour la douceur, elle vient des gens. Conditions rudes, humains doux. Ce serait mon résumé du moment.
J’ai déjà évoqué les conditions spartiates (eau froide, coupure de courant, connexion internet limitée, cohabitation, etc.). Ce n’est pas comme les conditions auxquelles on consent quand on part 1 mois en voyage, à l’aventure, car ici c’est la vie quotidienne et il faut se lever tôt tous les matins pour étudier et pratiquer. Tous les moines doivent être aux pujas, même le weekend, mais si un moine occidental veut tenter une grasse matinée la dimanche 🙂 ce seront soit les moines qui circumambulent le shédra en récitant le mantra de Manjushri à 5h ou le son de la puja qui fait trembler les murs des 4 étages à 6h30 qui se chargeront du réveil !
Il y a également une différence à vivre cela de l’intérieur car il faut se conformer aux règles et aux horaires. Il n’est, par exemple, pas possible de sortir du shédra en semaine, ni de se balader ou d’étudier hors de sa chambre sur les heures d’études. Quand le gong sonne (cours, repas, puja ou étude), il faut y aller !
A cela s’ajoute les barrières de la langue et de la culture, qu’on n’apprends pas en quelques semaines. Cela créé un isolement et, bien que je sois d’un naturel solitaire, je suis heureux que Drakpa et Daniel soient là.
D’un autre côté, au shédra comme en ville, je suis étonné de constater que les gens semblent beaucoup plus détendus que nous autres français, même dans le brouahah des klaxons. Il me semble que leurs attentes vis-à-vis des autres, ou de l’environnement, sont beaucoup moins élevées. Donc ils font avec ce qu’il y a.

Je me rappelle les paroles de Rinpoché qui comparait la circulation française et celle à Kalimpong. Ici c’est un peu le bazar, mais harmonieux, avec de l’entraide. En France chacun y va de son bon droit si l’on peut dire, on s’attend à ce que ça roule, que tout soit « normal ». De manière générale les conditions sont rudes mais le contact humain plus simple, plus direct. Maybe more « human touch » 😉
Toutes ces conditions ramènent à la motivation. Pourquoi abandonner confort, libertés, amis ? Je ne sais pas comment cela évoluera pour moi mais je suis heureux de faire l’expérience de ce dépouillement extérieur avec l’idée du Dharma. Et je fais des souhaits.

Au final je trouve tout à fait remarquable le chemin qu’a emprunté Drakpa toutes ces années, qu’il ait su s’adapter afin de recevoir le Buddhadharma. Il me semble qu’il faut beaucoup de qualités notamment d’effort, de patience et de persévérance, sans parler de la motivation et pour n’en citer que quelques-unes. J’ajouterais qu’aujourd’hui pour moi, il est d’une grande aide. Je salue son chemin passé et actuel avec un grand respect ! Il vous transmet d’ailleurs la photo de gauche, prise à mon insu, suite à laquelle il a dit : « ce sera pour ton blog » 🙂
Bien arrivé

Premières impressions // Arrivé il y a une semaine, les conditions de vie sont un peu spartiates (coupures d’électricité, eau froide, chambres partagées, …) mais excellentes pour de jeunes moines de Shakyamuni qui veulent rester focalisés sur l’étude du Bouddhadharma !
Le shédra est en surplomb d’une belle vallée située à 1500 m dans les montagnes indiennes. Nos moines Karma Kagyu, si jeunes soient-ils (15 à 25 ans), maintiennent un comportement et une tenue impeccables en tout temps de la semaine. Le week-end ils se détendent en faisant du sport (ping-pong, volley, foot). Du lundi au vendredi, le programme s’enchaîne à un rythme soutenu :
5:00 réveil puis études personnelles
6:30 puja (des prières au Bouddha, à la lignée, à Manjushri, Tara et une courte sangpuja)
7:30 petit déjeuner
8:00 – 12:00 cours et études
12:00 déjeuner
13:00 – 15:00 cours d’anglais et études
15:00 heure du thé
15:30 – 17:30 Débats (dans la cours)
18:00 puja (Mahakala suivi de plusieurs sutras, prières, Dharanis et un court Chenrezig)
19:00 Dîner (sauf pour les moines guelongs)
20:00 – 21:30 études personnelles
22:30 extinction des feux

Je me suis tout de suite senti à l’aise ici, très heureux de ce que je découvre ! Je suis l’emploi du temps général mais en apprenant le tibétain 6-7h par jour, essentiellement seul avec la précieuse aide de Drakpa et aussi d’un Khenpo assez ponctuellement pour le moment. Je vais aux pujas communes et pratique également 5-6h par jour comme j’en ai reçu l’instruction avant mon départ. C’est un rythme qui ne laisse pas de place aux distractions et cela me convient bien ainsi !
Je souhaite juste que vous alliez bien, en France. Les pays voisins ferment leurs frontières, hors le Visa nous impose de sortir du sol indien 1 jour tous les 90 jours, ce qui ne sera peut-être pas possible. Je verrais comment les choses évoluent. Affaire à suivre…
Présentation

Mon parcours // Bouddhiste depuis l’adolescence, je me suis placé sous la guidance de Lama Jigmé Rinpoché. Il m’a encouragé à poursuivre mes études de psychologie vers la recherche dans le domaine des neurosciences. Devenu Docteur en psychologie, j’ai exercé comme psychologue et conférencier à l’Université, pour l’Éducation Nationale ainsi qu’à l’étranger.
Suite à un événement de vie majeur et inattendu, je suis venu voir Rinpoché pour lui expliquer que cela ne faisait plus sens pour moi et que je souhaitais m’immerger totalement dans le Dharma en me mettant au service de l’Activité de Thaye Dorje, Sa Sainteté le 17e Gyalwa Karmapa.

Le projet // Rinpoché m’a alors proposé de devenir moine, faire l’expérience des vœux sur une durée limitée, de renouveler mon engagement chaque année, et d’aller étudier la langue tibétaine, puis la philosophie, à l’Académie Bouddhiste (shedra) Diwakar de Kalimpong en Inde, en alternance avec des périodes à l’institut Sharminub au Népal. L’objectif est d’en faire l’expérience d’abord pendant deux ans.

Le blog // Ce blog a été créé à la demande de plusieurs personnes, liées à Dhagpo Kagyu Ling, qui soutiennent ce projet d’étude. Le but est de vous tenir informé(e)s du déroulement de ce projet et de l’utilisation des dons reçus.
Lien // https://www.infinite-compassion.de/fr/ En suivant ce lien, vous trouverez un site français présentant, entre autres, l’institut Sharminub au Népal et l’Académie Diwakar à Kalimpong en Inde.
Votre générosité et vos dons
Merci à toutes et tous 🙂 // Je tiens à remercier toutes les personnes qui se joignent à ce projet par leurs mots de soutien très encourageant et énergisant, leurs souhaits, ainsi que leurs dons.
Le coût du projet // Avec l’aide de personnes qui connaissent bien les lieux, nous avons estimé qu’il faut réunir 4570€. Cette somme comptabilise :
(1) les frais de voyage et de visa : 1380€ (aller en 2020, retour en 2021),
(2) une somme mensuelle pour des dépenses de base calculée sur l’expérience de Drakpa qui y étudie depuis 8 ans : 100€/mois pendant 22 mois soit 2200€,
(3) la participation aux frais sur place : le coût de vie d’un moine au shedra est de 3500 roupies /mois (45€) soit 990€.

Événement Landrevillage 1er fév. 2020 // Estelle et Christian — qui président l’association Landrevillage — m’ont proposé de mener une conférence, sur le thème de la mémoire, autour de laquelle ils ont organisé une collecte de fonds. La générosité des personnes présentent a permis de réunir 979€. Cela a également permis d’informer largement sur ce projet.
Vos dons // Au 16 fév. 2020, les dons reçus (2289€) et promesses de dons mensuels (1050€) totalisent 3339€ sur 4570€. Le départ est donc assuré pour le 2 mars prochain, sans retour en France cet hiver !
Je remercie Tokpa Korlo qui a généreusement autorisé l’utilisation de ses magnifiques photos pour démarrer ce blog !
https://www.facebook.com/tokpakorlophotography/
A suivre…
A bientôt chèr(e)s ami(e)s dans le Dharma !